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Un an après Fukushima : qu’est-ce qui a changé ?
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Julien Vandeburie - Chercheur-associé

Jusqu’au 10 mars 2011, le secteur nucléaire s’estimait reparti du bon pied : à l’hiver nucléaire allait se succéder un printemps qui allait voir s’éclore de nouveaux chantiers de construction de réacteurs dits de « troisième génération ». Malgré les retards accumulés dans les chantiers d’Olkiluoto et de Flamanville, les chantres du nucléaire étaient confiants. En Belgique, l’absence de Gouvernement fédéral de plein exercice n’inquiétait pas outre mesure le propriétaire des centrales censées fermer à partir de 2015 et ce, bien que le protocole d’accord de prolongation partielle du parc n’ait été traduit en textes législatifs. En Allemagne, la coalition de centre-droit était elle aussi revenu sur une précédente décision gouvernementale et avait autorisé la prolongation du parc vieillissant. La « Renaissance nucléaire » apparaissait davantage comme une prolongation, à tout le moins en Europe.

Le 11 mars 2011, un tremblement de terre suivi d’un tsunami ravage le Japon et provoque un accident majeur dans trois unités de la centrale nucléaire de Fukushima Daichi. Un peu plus d’un mois avant le 25ème anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl, un des pays les plus sûrs du monde est victime d’un accident extrêmement grave. Du jour au lendemain, le Monde se rappelle la gravité du risque nucléaire et découvre les multiples formes de menaces : les réacteurs mais aussi les piscines de stockage des combustibles irradiés. Et de s’inquiéter des usines de production et d’utilisation du plutonium, des transports et stockages des déchets radioactifs.

Qu’un accident majeur ait pu se produire dans un Etat totalitaire, aux normes de sécurité corrompues suite à une manœuvre maladroite, cela pouvait s’expliquer et le secteur nucléaire mis de longues années à travailler l’opinion publique. Mais que cela se passe dans le pays de la technologie de pointe, il y avait là un malaise difficilement explicable. Un malaise qui s’exprimait dans les images rapidement reçues dans toutes les chaumières. Une situation grave mais une absence de chaos malgré la désorganisation des autorités, incapables de prendre la mesure de la situation. Heureusement, la discipline japonaise a permis d’éviter le pire et la population a fait preuve d’une dignité sans nom devant l’extrême gravité des événements.

Rapidement, l’opérateur de la centrale – la société TEPCO – a été pointé du doigt comme responsable d’une série de dysfonctionnement dans le fonctionnement des procédures et mesures de sécurité. Les collusions entre le secteur nucléaire, l’administration chargée de le contrôler et les autorités ont été mises à jour et dénoncées. Le secteur a encore tenté de dissimuler les informations et il convient toujours de se poser des questions sur certaines pratiques autorisées dans des zones contaminées.

La parade du secteur

Confronté à une multitude de critiques, le secteur et les gouvernements pro-nucléaires ne tardèrent pas à réagir et à proposer un habile procédé de vérification des conditions de sûreté [1] et de sécurité des centrales nucléaires, procédé qui allait prendre plusieurs mois et dont les résultats ne seraient rendus publics bien après la catastrophe.

Alors que la population mesure que le risque nucléaire ne s’arrête pas aux frontières nationales, les ‘stress tests’ seront nationaux et contiendront en fonction des Etats concernés plus ou moins d’exigences. Certains se limiteront d’ailleurs aux événements d’origine naturelle sans prendre en compte l’effet de la dégradation et du vieillissement des centrales et du matériel ; les plans d’évacuation ne sont pas inclus dans les tests ; ces derniers sont réalisés par les opérateurs eux-mêmes, sur base d’études existantes et de « jugement d’ingénieurs » à la fois juges et parties ; la caractère « obligatoire » des améliorations à réaliser et leur délai ne sont pas clairs à ce stade ; une partie des rapports n’est pas rendue publique, etc. Bref, les ‘stress tests’, à propos desquels les responsables politiques n’hésitaient pas à dire que s’ils étaient négatifs, les fermetures de centrales seraient immédiates n’ont provisoirement accouchés d’aucun résultat concret.

Or, rappelons que plus de 90 millions de personnes vivent à moins de 30 km d’une des 211 centrales nucléaires du globe, la majorité d’entre elles étant entourées d’une population bien plus dense qu’à Fukushima, selon une analyse publiée vendredi par la revue scientifique britannique Nature. En Belgique, ce sont pas moins de 2,2 millions de personnes qui résident à moins de 30 kilomètres des 2 centrales nucléaires belges. Est-ce que notre pays a les moyens d’évacuer rapidement ces populations ?

Des améliorations ponctuelles

Suite aux événements de Fukushima, les opinions publiques ont mis sous pression plusieurs gouvernements. Au Japon, seuls 3 des 54 réacteurs fonctionnent encore. Mis 2012 le Gouvernement japonais publiera un scénario de diminution progressive du nucléaire dans la production d’électricité. En Allemagne, dans les semaines qui suivent la catastrophe les 7 réacteurs les plus anciens sont arrêtés (sur 17 réacteurs encore en service) et la sortie du nucléaire est confirmée d’ici 2020, tout en respectant d’ambitieux objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre [2]. En Suisse, une sortie progressive du nucléaire est décidée lorsque les réacteurs auront atteint 50 ans. En Italie un référendum confirme l’abandon de tout projet de filière électrique nucléaire. En Belgique, le Gouvernement confirme la loi de sortie du nucléaire de 2003.

Enfin, notons en Belgique l’évolution – certes insuffisante – du plafonnement de l’assurance-risque lié à un accident nucléaire majeur. Il s’agit d’un subside caché. Actuellement, la prime d’assurance payée par les opérateurs nucléaires doit couvrir des dégâts pour 300 millions €, le solde étant assuré par l’Etat belge. Il est prévu (selon la Convention de Paris, qui régit la responsabilité économique des opérateurs nucléaires) de faire passer ce plafonnement à 700 millions par site (donc, 1.4 milliards pour Doel et Tihange). Les estimations d’un déplafonnement, à savoir une assurance couvrant la globalité des dégâts potentiels, vont de 2,2-5 cents/kWh (étude européenne sur les cas allemands et français) à un triplement du coût du kWh nucléaire (étude öko-institut). A nouveau, si un accident se produit, il y a fort à parier que les dégâts auront un coût supérieur à cette assurance. Ce sera encore une fois l’Etat et donc le citoyen qui paieront…

Pour les écologistes, compte tenu du caractère ingérable lié à la dangerosité de la technologie, continuer à y investir des sommes faramineuses ou prolonger la durée de vie de nos plus vieux réacteurs serait peu responsable. Au contraire, il est nécessaire aujourd’hui d’investir massivement dans les alternatives propres et sûres au secteur nucléaire, et en premier lieu dans l’efficacité énergétique, pour progressivement nous en rendre moins dépendant.


[1La sûreté est définie par l’ensemble des dispositions techniques et des mesures d’organisation relatives à la conception, à la construction, au fonctionnement, à l’arrêt et au démantèlement des installations nucléaires de base, ainsi qu’au transport des substances radioactives, prises en vue de prévenir les accidents ou d’en limiter les effets. La sécurité concerne la radioprotection, la prévention et la lutte contre les actes de malveillance, ainsi que les actions de sécurité civile en cas d’accident.

[2Rappelons également que l’Allemagne a pu exporter massivement de l’électricité vers la France durant la vague de froid de début février 2012. En effet, la France se chauffant massivement à l’électricité, ses réacteurs nucléaires ne peuvent répondre à une forte demande hivernale. La France importe donc en hiver de l’électricité, essentiellement d’Allemagne. Des voix (françaises) s’étaient d’ailleurs élevées pour qualifier durement la décision allemande de sortie du nucléaire. Cependant, force est de constater que l’Allemagne a été en mesure de fermer 7 unités nucléaires sur 17 et d’exporter vers la France…


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Nous sommes tous de Fukushima

Le 11 mars 2011, le monde a basculé.

Bercé par la petite musique du lobby nucléaire, nous avions, comme dit Olivier Deleuze, confondu improbable et impossible. Après Fukushima, la réplique qu’on nous sert depuis 40 ans - "le risque zéro n’existe pas" - a pris une autre dimension. Même le premier ministre japonais déclare aujourd’hui que "le Japon a succombé au mythe de la sureté nucléaire".

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