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Le risque de prolifération : dilemme du nucléaire civil et militaire
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En tant que puissance nucléaire, en tant que la seule puissance nucléaire ayant eu recours à l’arme nucléaire, les États-Unis ont une responsabilité morale à agir. (…). Alors aujourd’hui, j’affirme clairement et avec conviction l’engagement de l’Amérique à rechercher la paix et la sécurité d’un monde sans armes nucléaires. Je ne suis pas naïf. Cet objectif ne sera pas atteint rapidement – sans doute pas de mon vivant. Il faudra de la patience et de la persévérance. Mais maintenant, c’est à nous d’ignorer les voix qui nous disent que le monde ne peut pas changer. Nous devons insister, « Oui, nous le pouvons. » (…) tous ensemble, nous allons consolider le Traité de non-prolifération nucléaire comme base de coopération. L’accord de base est sain : les pays dotés de l’arme nucléaire conviennent d’oeuvrer en faveur du désarmement et les pays ne la possédant à ne pas se procurer de telles armes ; et tous les pays ont accès à une énergie nucléaire pacifique. (…) Nous devons utiliser le pouvoir de l’énergie nucléaire pour le compte de nos efforts à combattre le changement climatique et pour offrir à tous des perspectives d’avenir.

Barack Obama à Prague, le 5 avril 2009

Il y a un an, le Président américain Barack Obama faisait renaître la vision d’un monde libéré de l’arme nucléaire. Lors d’un discours à Prague, il faisait part de son engagement à atteindre cet objectif et promettait de mettre à profit son mandat pour accomplir les premiers pas dans la voie d’un tel monde, pour réaliser des progrès dans le désarmement nucléaire et des améliorations en matière de non-prolifération. Un an plus tard, le sujet s’invite à nouveau dans l’agenda du Président américain. Les développements qui ont particulièrement attiré l’attention du public en avril 2010, sont les suivants :
- la signature d’un nouvel accord de réduction des armes nucléaires stratégiques entre les États-Unis et la Russie (New START) ;
- la publication de la doctrine nucléaire des États-Unis, la Nuclear Posture Review (NPR), un rapport dans lequel le gouvernement américain présente les grandes lignes de sa future politique d’armement nucléaire au Congrès ;
- une Conférence internationale sur la sécurité des matières fissiles susceptibles d’être utilisées pour la fabrication d’armes pour laquelle le Président américain avait convié plusieurs pays à se rendre à Washington ;
- une conférence des ministres des Affaires étrangères des pays membres de l’OTAN sur l’avenir des armes nucléaires au sein de l’OTAN et en Europe ;
- et la prochaine conférence de révision du Traité de non-prolifération nucléaire.

On peut y rajouter les tentatives effectuées auprès du Conseil de sécurité des Nations Unies afin de renforcer les sanctions à l’égard de l’Iran en raison de son programme nucléaire. Le débat public sur la technologie nucléaire a donc été déterminé par les sujets suivants : l’avenir des armes nucléaires, la réduction soutenue de leur nombre et l’avenir de la non-prolifération nucléaire. Un autre sujet fait toujours partie de ce débat : l’avenir de l’énergie nucléaire.

Cela n’est pas dû au hasard mais au fait que les usages militaire et civil du nucléaire sont étroitement liés ou dépendants. Tout le savoir, les matières et la technologie acquis dans l’usage civil du nucléaire peuvent être utilisés pour un programme militaire atomique. C’est la raison pour laquelle, les programmes nucléaires d’envergure – même s’ils sont déclarés comme étant exclusivement civils – font presque toujours naître des craintes substantielles de prolifération. La querelle existant depuis plusieurs années autour du programme atomique de l’Iran, en est l’illustration.

Promu par la hausse mondiale des besoins énergétiques, l’électricité en particulier, et les efforts de lutte contre un changement imminent catastrophique du climat par la réduction des émissions de CO2 , l’usage civil de l’énergie atomique se trouve peut-être à l’aube d’une renaissance dans les prochaines décennies. Dans son discours à Prague, Barack Obama a formellement fait allusion à son éventuelle contribution à l’enraiement du changement climatique. Il a depuis mis à disposition des crédits publics d’un montant de plus de 50 milliards de dollars, comme incitation à la construction de nouvelles centrales nucléaires. Ses partisans avancent l’argument que l’énergie nucléaire permet la production d’importantes quantités d’électricité ne provoquant pas d’émissions de CO2. En matière de politique climatique, l’incitation est forte. Cet avantage contrebalance-t-il toutefois les risques d’une politique de sécurité liés à son usage – et celui en particulier de toute nouvelle prolifération – de l’énergie nucléaire ? L’utilisation de celle-ci dans un nombre toujours plus grand de pays – même si elle répond à une politique climatique – justifie-t-elle les risques de prolifération qui lui sont liés ? Ou bien les risques croissants de sécurité l’emportent-ils sur les prétendus bénéfices d’une telle politique ? Des éléments essentiels du cycle de combustible nucléaire civil confrontent l’humanité à des risques de sécurité caractéristiques de la technologie nucléaire. L’enrichissement par exemple peut servir à produire le combustible pour les réacteurs, et aussi les matières utilisées pour la fabrication d’armes nucléaires. La différence dans l’utilisation est de nature plus graduelle que fondamentale. De nombreux types de réacteurs permettent en même temps la récupération de plutonium nucléaire à des fins militaires et la production d’électricité. Dans les installations de retraitement, le plutonium à usage militaire peut être séparé de la même façon que le plutonium utilisé dans un réacteur – ce dernier n’étant pas très utile à la fabrication d’armes atomiques. Les technologies du nucléaire, le savoir-faire qui les accompagnent et les matériaux nucléaires peuvent se propager. Les experts peuvent voyager ou émigrer. L’existence même d’un large éventail de contrôles spécifiques à l’exportation, de tests de fiabilité pour les employés et d’une politique spéciale de non-prolifération, démontre bien que le danger de prolifération nucléaire doit être pris au sérieux.

Dans les chapitres suivants, nous illustrerons – sans rentrer dans des détails trop techniques ou trop spécifiques – à quel point les usages civil et militaire du nucléaire sont étroitement liés et entremêlés. Ils sont de véritables frères siamois. Le risque de prolifération de la technologie nucléaire au profit de son usage militaire est, par conséquent, bien réel. Finalement, seul le renoncement aux deux usages de la technologie – une option double zéro2 – permettrait de réaliser l’idée d’un monde exempt d’armes nucléaires, car il n’y a que dans ces conditions qu’on peut garantir et contrôler que le nucléaire n’est pas utilisé à des fins militaires.

(…)


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Bercé par la petite musique du lobby nucléaire, nous avions, comme dit Olivier Deleuze, confondu improbable et impossible. Après Fukushima, la réplique qu’on nous sert depuis 40 ans - "le risque zéro n’existe pas" - a pris une autre dimension. Même le premier ministre japonais déclare aujourd’hui que "le Japon a succombé au mythe de la sureté nucléaire".

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